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28 décembre 2019

Un flic appelé « Cartouche » - La suite

Gracieuseté : Claude Aubin
La maison ou il y a encore l'éraflure de la balle
Cartouche la suite

Il est arrivé qu’une nuit de septembre 68, alors qu’il se tenait au coin des rues Ste Catherine et St Laurent, René remarqua de la lumière dans un commerce au dessus du restaurant Ben-Ash. Ces lumières étaient des lueurs de lampes de poche. Ce flic comprit vite qu’il avait devant lui un cambriolage. 


    Par Claude Aubin
    Policier à la retraite, chroniqueur et auteur
    
    Publié le 28 décembre 2019 à 13h35


En moins de deux, grimpant l’escalier de secours, il surprit cinq lascars en pleine action.  Notre limier  revint au poste avec ses cinq détenus. Rien de bien inusité pour un flic! Mais le fait de voir marcher cinq bonshommes au pas, l’un derrière l’autre et les mains en l’air, suivis par une police revolver au poing, répétant tous les dix pas:

 - Si quelqu’un dépasse la ligne, je le tire.

Ceci fit de l’arrestation un fait d’arme incroyable. Le nouveau sergent n’en revenait tout simplement pas. Pas plus que plusieurs badauds du Plan Jeanne Mance qui en parleront pendant des années. Le vieux René était comme ça, pas besoin d’aide, je m’occupe de mes affaires moi-même. Cette façon de faire, il la répétera avec régularité. Presque tous ses détenus auront  eu à trotter jusqu’au poste de police. René n’aimait pas l’automobile.

Voir René Duperron témoigner à la cour était toujours aussi édifiant. Notre policier pouvait vous décrire une scène avec précision. Il avait pour cela, un carnet dans lequel il notait tout. De la température, aux numéros de boîtes de rues qu’il devait sonner, jusqu'aux heures de ses présences. Une arrestation y était consignée avec un soin évident, vêtements, paroles échangées, précision du nombre de fois qu’il avait avisé ou arrêté l’homme dans les dernières années. Des enquêteurs cherchaient un suspect se tenant sur la rue St Laurent, ils n’avaient qu’à demander à René. Il savait tout et connaissait tout le monde.

En bon flic, René conservait précieusement dans des boîtes de carton, tous ses carnets classés par dates et par années. Il aurait pu vous raconter une anecdote avec la précision de l’horloge mais, il ne les racontait pas. René était un loup solitaire qui ne se liait jamais facilement. Pourtant, si vous vouliez l'entendre, vous n’aviez qu’à aborder la musique, sa seule passion.

Cet homme à l’allure rustaude, pour ne pas dire carrément néandertalien, devenait un dictionnaire une encyclopédie des auteurs et des œuvres. Un pan de mur complet de vinyles de tous les auteurs classiques ornait son appartement. Ni Mozart, ni Bach n’avaient de secrets pour lui. C’était le seul moment ou il devenait presque intarissable. Ce Néandertalien avait des connaissances musicales au delà de toutes attentes. Des stations radios réputées l’appelaient régulièrement pour lui demander s’il possédait tel ou tel disque rarissime et presque à coup sur, René répondait oui!   Ça, c’était l’autre « Cartouche », le vrai René Duperron.

René fut souvent la risée de certains jeunes confrères qui ne l’avaient pas connu dans ses bons jours. Plusieurs détestaient le fait qu’il fasse cuire son éternel steak beurre, qu’il soit midi ou trois heures du matin. Alors, certains lui jouaient des tours. Ils cachaient la poêle ou même déplaçaient la boîte à lunch de notre cerbère. René se mettait  proprement en rogne. Je l’ai vu courir après un de ces farceurs, armé d’un couteau de boucher et je vous prie de croire que l’autre avait intérêt à bien se cacher pour le reste du quart de travail. Tout comme un Corse, René avait la rancune tenace.

Il fallait voir la galère quand un nouveau sergent à peine promu, l’assignait à une autre faction que sa Main.  Le pauvre officier se faisait passer le savon du siècle. René s’approchait si près du bonhomme qu’il en devenait dangereux.  Le pauvre sergent n’allait plus jamais commettre pareille erreur. La Main était son territoire, sa chasse gardée, tous les officiers devaient le savoir.

Un malfrat s’en prend à Cartouche

À la fin de sa carrière, par une nuit comme les autres, « Cartouche » était entré au Montreal Pool Room, vérifier comme à son habitude, l’allure des clients et constater comment ses amis restaurateurs s’en sortaient avec eux. Plus loin à l’arrière, un jeune baveux assez bien bâti, jouait au billard. Le grand garçon mal embouché, eut le malheur de lancer quelques paroles blessantes à l’égard de notre vénérable flic, de près de soixante ans. René n'allait pas laisser passer l'affront.

Quelques minutes plus tard, toutes les voitures du secteur reçurent l’appel : Policier en danger demande de l’aide. Ce genre d’appel donne toujours froid dans le dos. Quelques dizaines de voitures vinrent rapidement s'agglutiner devant le commerce de Hot-dog. Tout le monde craignait pour la vie de « Cartouche ». Quelle ne fut pas la surprise de tous. Le grand escogriffe croyant  rencontrer une proie facile, se retrouvait couché par terre le nez en sang, alors que René, vieux bonhomme remplis d’arthrite, le tenait fermement en lui répétant :

 - Tu n’as pas honte de t’en prendre à un vieux débris comme moi ?

Le jeune homme reçut en fait deux sentences. La première, du vieux flic qui lui avait cassé le nez. La deuxième, d’un juge de la cour municipale qui sala la note, pour avoir attaqué un monument national.

« Cartouche » prendra sa retraite quelques mois plus tard, il avait fait plus de trente cinq ans sur sa Main. Le vieil homme n’a pas voulu de fête de départ. Presque tous ceux qu’il avait connu étaient morts ou  partis et les jeunes étaient passés à autres choses. De temps en temps, on le verra passer au bureau, juste pour dire bonjour. Nous autres, les plus vieux, on se souvenait de l’époque. Les jeunes ne croyaient à aucune des histoires racontées, elles semblaient trop grosses pour être vraies.

Le vieux guerrier est mort depuis, mais ceux qui l'ont connu s'en souviennent encore.

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