Noël ou faire plaisir à une vieille dame | DERNIÈRE HEURE

DERNIÈRE HEURE

SUIVEZ L'ACTUALITÉ DEPUIS LE CONFORT DE VOTRE FOYER

COVID-19 : Consultez l'état du service. Plus d’info 

dernière heure

COVID-19 | Santé Montréal

Le coronvirus (COVID-19) vous inquiète-t-il ? ?
Les droits des victimes au Canada
Les droits des victimes au Canada

29 décembre 2019

Noël ou faire plaisir à une vieille dame

Gracieuseté : Claude Aubin
Des manteaux ramenés de la perquisition
19 décembre 1986 - Notre Dame de Grâce, poste 15

Nous étions en pleine période des fêtes de Noël et comme toujours dans ces moments là, tous les groupes de travail sont chamboulés. Les plus vieux ayant préséance, sont en congé et nous les plus jeunes, on espère y arriver un jour. 


    Par Claude Aubin
    Policier à la retraite, chroniqueur et auteur
    
    Publié le 29 décembre 2019 à 14h00


Ce n'est pas que je sois si jeune, mais en tant qu'enquêteur, je suis un des derniers arrivés donc celui qui a le moins de date d'ancienneté. Alors, mon horaire fluctue entre soirs et nuits, pour plus de trois semaines.

Nous étions à six jours des fêtes. Malheureusement comme d'habitude, mon bureau était submergé de plaintes. Je ne me doutais pas en voyant entrer le constable Nick Sobol, avoir du travail supplémentaire pour les dix jours à venir.
Nick un bonhomme de plus de six pieds et quatre, pesant trois cent livres, est  un ordinateur ambulant. À ce moment, je ne le sais pas encore, ce monstre deviendra un compagnon incroyable dans presque toutes mes aventures policières.

 - Salut sergent... J'ai du travail pour toi.
 - T'as vu le tas, mets-toi en ligne !

Sans même relever ma réplique, Nick me parle immédiatement d'un jeune homme, qui avec un ou deux amis, aurait commis toute une série de vols par effraction.

 - Tu sais ça comment ?
 - C'est la mère qui m'en a parlé, c'est une vieille amie et  elle veut que son fils  se fasse arrêter.  

J'en suis assez étonné, mais bon. Comme on est au début du quart de travail, j'ai du temps. Je sens pourtant que la nuit sera longue. Donc, le temps d'assimiler le tout, sortir quelques plaintes de vol, je part donc  avec Nick réveiller et causer à notre charmant voleur.

Pauvre petit gars, il doit se réveiller en sursaut et faire face à deux flics au large sourire. Toujours assis dans son lit, il m'apprend rapidement qui travaille avec lui et ou vont  tous les objets volés. Et des vols, ils en ont fait ces petits chenapans.

Le temps de ramener notre mioche au poste et prendre des notes pour rédiger un mandat de perquisition. Il est quand même bien dépassé trois heures du matin, quand je vogue vers Repentigny en direction d'un juge, pour obtenir le mandat. Le pauvre homme n'est pas très heureux que je le sorte de son lit bien chaud, mais comme il est de garde.

Maintenant, vers les six heure du matin, me voici en compagnie de Nick et deux autres constables, chez Harvey C., le roi des receleur de la rue Walkley. Le pauvre Harvey en est déculotté.

La perquisition se fait rondement, même que nous retraçons sous l'arbre de Noel, un tas de cadeaux emballés toujours au nom des victimes. Harvey n'avait pas pris la peine de biffer les noms. Nous y trouvons aussi quelques appareils électriques et un système de son. Totalement anéanti, Harvey se retrouve assis sur son divan blâmant sa femme pour tout ça, devant un enquêteur qu'il ne connait pas. Bien sur, il ne comprend pas pourquoi, ni comment ces objets étaient chez-lui.

Je lui sauve la mise en faisant semblant de croire à son histoire.

 - Tu sais je comprends que c'est sa faute, mais c'est toi l'homme de la maison et tu ne vas pas laisser ta femme en prison... Tu as quand même trois enfants.

Cette fois je l'achève. Il vient donc au poste avec nous, le brave homme. Harvey prenait tout sur lui et sauvait la face. Il serait accusé, mais conservait son panache.

Nous aurions pu nous arrêter là, mais en fouillant dans un tas de plaintes, je me mit à visualiser la maison d'Harvey. Sans trop le savoir, nous y avions laissé plusieurs objets. Alors après une conversation d'affaire avec mon receleur, il fut convenu qu'il me les ramènerait tous.

La semaine qui suivit, fut fertile en rebondissements. Harvey revint avec deux télés qu'il avait vendu, trois manteaux de fourrures pour lesquels il avait dû menacer les acheteurs et quelques montres que nous avions manquées. Il faut dire, que même avant la perquisition, l'appartement ressemblait plus à une zone de guerre qu'à une zone habitable.

Le 24 au matin, presque tout était terminé. Harvey venait de ramener les derniers vestiges des méfaits, quand une des victimes, une dame de 76 ans, me demande si par hasard, nous n'aurions pas ramassé une petite bague en or.
-C'était  la bague de ma mère, le seul souvenir qui me reste.

J'appelai donc Harvey. Le pauvre en pleurait presque. Pas qu'il ait de la peine pour la dame, mais sans trop me le dire, je comprenais qu'il devrait affronter un autre membre de la famille, pour récupérer le bijou. Brave mais pas téméraire, Harvey tenta bien de se défiler.

 - Tu veux que je meure ?
 - Non, mais comme c'est toi qui es dans la merde...

Ce n'est que dans l'après midi du 25, qu'il revint à mon bureau, tout sourire et fier de son coup.

 - Regarde ce que j'ai trouvé.

Harvey avait finalement récupéré la bague, il s'était débattu comme un diable. En fait il s'était même un peu battu, pour récupérer le bijou. Il y aurait un froid cette année chez les Caine.
 
 - Je viens ici si souvent, je crois que je pourrais devenir flic !
 - Ouais, tu pourrais. 

Cette boutade le fit bien rire. J'amenai mon nouvel ami jusqu'à la chambre des effets et comme il restait deux bouteilles d'alcool non réclamées.

 - Tiens, elles doivent être à toi.

Il avait fait du bon travail et comme il connaissait tout le monde, il me serait utile plus tard. Il faut savoir ménager les gens.

C'est finalement Nick qui ira porter le bijou. Il avait quand même fait tout le travail. Et le joli sourire d'une dame âgée un jour de Noel, ça vaut quand même de l'or

Aucun commentaire :

Publier un commentaire

Veuillez noter que DERNIÈRE HEURE ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s'ils respectent la Nétiquette. Bonne discussion !

Post Bottom Ad

Semaine nationale de prévention du suicide