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dimanche 22 décembre 2019

Flic et confidences : Un flic appelé « Cartouche »

Flic et confidences 

Gracieuseté : Claude AubinSt-Laurent Ste-Catherine où était un des restos à $1.00 du repas
Première partie

Peu de gens à Montréal se souviennent de René « Cartouche » Duperron, un policier peu banal, qui fut le roi de la rue Saint Laurent communément appelée à l'époque, "la Main" entre les années 1950 et 1980.


    Par Claude Aubin
    Policier à la retraite, chroniqueur et auteur
    
    Publié le 22 décembre 2019 à 16h50


Le grand René Duperron, mieux connu sous le pseudonyme « Cartouche », fut en son temps un flic d’exception. Il aura passé toute sa carrière d’officier de police, sur la rue Saint Laurent, entre René Lévesque et Ste Catherine. René Duperron aura été comme hiver, durant plus de trente cinq années, battu le pavé d’une rue qui fut la plus active, la plus dangereuse et la plus connue de la ville de Montréal.

Au fil des décennies, il y aura deux postes de police numéro 4.  Le premier, un poste datant du 19 siècle, vétuste, vermoulu, attenant à une écurie et démoli pour faire place à un stationnement, puis au CEGEP du Vieux Montréal. L'autre celui du 105 Ontario Est, qui fut pendant toutes ces années, le plus gros de la ville avec près de quatre cent hommes.

Gracieuseté : Claude Aubin
La maison ou il y a encore l'éraflure de la balle
L'édifice sert maintenant à des groupes sociaux et communautaires. Ces deux bâtisses mythiques, étaient bien connues de tous les truands, mafieux,  ivrognes  et badauds. René Duperron l’était tout autant et même plus. L’homme de « la Main » deviendra une légende bien avant son départ.

À partir des années 1950 jusqu’en 1975, il fallait avoir le cœur bien accroché, les épaules épaisses et du cran, pour résister aux multiples bagarres, meurtres, attaques et blessures de toutes sortes, dans le Red Ligth de l’époque. On y retrouvait, pêle-mêle, petits et gros caïds, prostituées, travestis, ivrognes, curieux, et clients de tous genres. Des mafieux italiens, des pégreux venus de St-Henri, des motards venant tenter de contrôler le coin.

La Main fut longtemps l’endroit ou des dizaines de gros bras tentaient de se faire une réputation, en battant un flic. Malheureusement pour eux, à cette époque beaucoup de flics étaient de taille pour les mâter. Cartouche était de ceux-là, l’homme n’a jamais eu froid aux yeux, tout le monde avait appris à le craindre et parfois même d'autres flics.

Le policier René Duperron  fut un des rares flics sinon le seul, à ne pas posséder de permis de conduire, ni avoir conduit une voiture de police. Toute sa carrière de trente cinq ans, fut celle d’un gars à pied, un gars de beat comme on disait dans le département. Les officiers connaissaient sa valeur et ils n’avaient pas peur de le laisser seul dans la fausse aux lions, là ou ils envoyaient

habituellement deux et même quatre hommes. Ce super flic de la Main ne s’en laissait pas imposer par qui que ce soit. Tu obéissais à ses ordres ou tu risquais de te ramasser assez rapidement sur le cul. C’était la norme et tout le monde s’y conformait.

Dans les années 60, alors que je commençais ma carrière au même poste que notre légende, mes partenaires de faction racontèrent que « Cartouche », s'était fait cracher dessus par un ivrogne accoudé à une fenêtre, juste en haut du Montreal Pool Room.  René avait tout simplement sorti son arme de service, pour tirer en direction de la fenêtre. Jamais je n’aurais pu croire une telle histoire. J'ai toujours cru à de la fabulation.

Mais un jour de décembre 1969, j’ai rencontré celui sur qui il avait tiré. Le vieux bonhomme m’avait lui même raconté la scène :

- J’étais ben saoul, pis quand j’ai vu le gros « Cartouche », j’ai craché dessus pour faire une blague. Pis le gros a tiré dans ma direction. Il ne voulait pas me tuer, il me faisait une joke ! 

Il faut dire qu’à l’époque, l’arme de service était un colt .38, qui somme toute ne faisait pas beaucoup de mal. La balle avait peine à traverser un bon manteau de cuir. Malgré tout ça, pendant des années, nous avons pu apercevoir la longue éraflure laissée dans la pierre grise. Elle doit y être encore.

Dans l’ancien poste 4, celui ou il y avait encore une écurie et des chevaux, ce même gros bonhomme avait fait feu sur l’horloge de la salle de garde. Des flics pas très brillants. l’avaient mis au défi de frapper le 6, d’une seule balle et à bonne distance. René ne se laissait pas défier par personne. Un policier, un officier ou même le Diable en personne, rien ne le faisait reculer. L’horloge rendit l'âme et comme le poste allait bientôt fermer, ça ne posait pas de gros problèmes. En voyant le trou dans l’horloge, le directeur du poste avait sourit, puis retourné dans son vétuste bureau.

À mon arrivée en 1968, nous étions toujours en faction, c'est à dire à pied et sur la Main. Sans vraiment s'en douter ou s'en soucier, « Cartouche » nous montrait comment travailler dans le secteur. « Cartouche » s'y rendait seul ne voulant personne avec lui. La « Main » possédait six ou sept clubs qui brassaient et quelques minables cantines, ou il fallait être fait fort pour avaler les ratas et les bouillies qu’on y servait.  Deux d’entre elles répondaient aux magnifiques noms d’El Dorado et de Domestick. Les deux endroits rivalisaient pour l’insalubrité, la malpropreté, les cafards et les odeurs nauséabondes. C’était aussi là, que pour trente sous, l’énorme Annette s’assoyait sur une grosse bouteille de bière, qu’elle faisait disparaître à l’intérieur de son sexe velu.  La grosse femme payait ses cafés avec ça.

Quand « Cartouche » passait la porte de la cantine, jetant un coup d’œil circulaire, on voyait se lever une dizaine d’hommes se dirigeant soit vers la porte, soit au comptoir, pour ramasser un café frais. Cette soudaine activité ne nous surprenait plus. Car avec le temps, nous avions appris le pourquoi. Nous regardions toujours un peu perplexes, le gros homme passer de table en table et tremper son énorme index boudiné dans quelques tasses de café en disant :

- Ton café est froid, dehors.

Personne ne rechignait.  Si le café était encore tiède, le pauvre gars pouvait continuer à savourer le jus de doigt. C’était la méthode « Cartouche ».

Souvent les restaurateurs de ces bouges, lui offraient du café ou de la bouffe gratuite, le gros homme les regardait en riant. Jamais il n’aurait accepté. René aimait mieux préparer ses repas dans la cuisine du poste. Pourtant, à la même époque et même un peu après, j’ai vu plusieurs autres flics bouffer les ragoûts dégueulasses des cantines car, comme ils le disaient si bien : "C’est sur le bras".  « Cartouche » les méprisait, il aimait garder sa liberté. Personne n’allait l’acheter avec des cafés ou de la bouffe. En fait, personne n’allait l’acheter tout court ! Quand Cartouche laissait sa place, quand il était en congé, il nous arrivait souvent que des  bonshommes viennent nous demander nerveusement :

- Cartouche, travailles-tu à soir ?

Il s’agissait souvent de gars qui avaient fait du trouble au chic café  Chez Peter, au bar Rialto, au St-John, ou dans un autre de ces formidables clubs qui avaient pignons sur rue. Il pouvait aussi s’agir de gars qui se ramassaient saoûl trop souvent et que René ramassait par la peau du cou pour les reconduire jusqu'a la Catherine. L’endroit était hors de son territoire, la frontière de son royaume s’arrêtait rue Ste-Catherine. René Duperron barrait de la Main pour deux à trois semaines, voire même pour quelques mois, tout bonhomme qui ne se comportait pas correctement. Des ivrognes bagarreurs furent ainsi bannis à vie par notre gros homme. C’était ça la méthode "Cartouche".

Une chose que « Cartouche » trouvait bien drôle... Il y avait la belle Manouche, une blonde platine à la poitrine plantureuse, aimant tâter le pénis des recrues. La reine de la Main et le gros René, se connaissaient depuis des lunes. Il arrivait que sous les yeux amusés de notre homme, la voluptueuse Manouche surprenne les jeunes flics avec sa tactique des mains baladeuses.

Les jeunes en rougissaient de gêne, alors que notre gros homme encourageait la belle. Je crois qu’ils avaient commencé ensemble sur la rue St Laurent. Elle comme lui, furent des légendes de leur vivant. Manouche savait faire plaisir aux hommes dans tous les sens du mot.  « Cartouche », comme un grand frère, veillait un peu sur elle. Il faut dire qu'elle avait certains défauts, comme de finir couchée bien saoule, dans l'entrée de certains bars. René faisait venir une voiture de police pour reconduire la belle à sa maison de chambre, quelques rues plus loin.

À suivre...

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